Kenya : le permis Class N pour nomades digitaux, conditions et coût

Le Kenya a créé en octobre 2024 un permis de séjour réservé aux télétravailleurs, le permis de classe N, dit « Digital Nomad Permit ». Il autorise un ressortissant étranger à vivre au Kenya pendant un ou deux ans, renouvelables, à condition de travailler exclusivement pour un employeur ou des clients situés hors du pays et de justifier d'un revenu annuel d'au moins 24 000 dollars américains de source étrangère. La demande se dépose en ligne sur la plateforme eFNS de la Direction de l'immigration, via le formulaire 25, moyennant 200 dollars de frais de dossier non remboursables et 1 000 dollars par année de validité. Voici l'état du dispositif en septembre 2026.
Qui peut demander le permis de classe N
Le permis s'adresse à trois profils, définis par la Direction des services d'immigration du Kenya : le salarié lié par un contrat de travail à une société enregistrée hors du Kenya, l'actionnaire ou le dirigeant qui exerce une activité pour le compte d'une société étrangère, et le travailleur indépendant qui fournit des services à des clients établis à l'étranger. Dans les trois cas, aucune prestation ne peut être fournie à une entité kenyane ni à des clients situés au Kenya : le permis n'ouvre pas le marché du travail local.
Les pièces exigées sont les suivantes :
un passeport valable au moins six mois à la date de dépôt ;
la preuve d'un revenu annuel garanti d'au moins 24 000 USD provenant de sources situées hors du Kenya, étayée par les relevés bancaires ou bulletins de paie des trois derniers mois ;
le contrat de travail, les statuts de la société étrangère ou les contrats de prestation avec les clients étrangers ;
un justificatif d'hébergement au Kenya, réservation d'hôtel ou bail ;
un extrait de casier judiciaire vierge délivré par le pays de résidence habituelle ;
une lettre de non-objection de l'ambassade ou du consulat du pays d'origine au Kenya ;
une photographie d'identité et une copie de la page d'identité du passeport.
La lettre de non-objection est la pièce qui surprend le plus les candidats européens. Elle doit être demandée à sa propre représentation diplomatique à Nairobi, et certains postes ne la délivrent qu'après un rendez-vous. Il faut compter deux à quatre semaines pour l'obtenir, à intégrer dans le calendrier avant le dépôt.
Le coût réel du permis
La grille officielle publiée sur eFNS fixe deux montants. Les frais de traitement s'élèvent à 200 USD, payables au dépôt et non remboursables en cas de refus. Les frais d'émission sont de 1 000 USD par an de validité, soit 1 000 USD pour un permis d'un an et 2 000 USD pour un permis de deux ans, réglés une fois la demande approuvée. Un séjour de deux ans coûte donc 2 200 USD en frais administratifs, hors traduction des documents, casier judiciaire et éventuel accompagnement par un cabinet local.
Le cabinet Fragomen et les avocats de Njaga Advocates rappellent que le permis ne dispense pas de l'autorisation d'entrée. Depuis janvier 2024, tout voyageur, quelle que soit sa nationalité, doit obtenir avant le départ une autorisation électronique de voyage (eTA) sur le portail officiel. L'eTA coûte environ 30 USD, est valable 90 jours à compter de sa délivrance et permet un séjour dont la durée est fixée à l'arrivée. C'est avec cette eTA que la plupart des candidats entrent au Kenya avant de déposer leur demande de classe N sur place.
La procédure sur eFNS, étape par étape
La plateforme eFNS (Electronic Foreign Nationals Services) centralise tous les permis de séjour kenyans. La marche à suivre est la même que pour les permis de travail classiques :
création d'un compte personnel sur eFNS avec le numéro de passeport ;
sélection du formulaire 25, « Application for a Class N permit », et saisie des informations d'identité, d'activité et de revenus ;
téléversement des pièces au format PDF, chacune limitée en taille, avec traduction certifiée pour les documents qui ne sont ni en anglais ni en swahili ;
paiement des 200 USD de frais de traitement par carte ou via le système de paiement public eCitizen ;
instruction par la Direction de l'immigration, avec possibilité de demande de pièces complémentaires ;
en cas d'approbation, paiement des frais d'émission puis retrait de la carte de séjour à Nairobi, à Nyayo House, ou dans un bureau régional.
Les délais constatés par les praticiens locaux vont d'un à trois mois selon la charge de la Direction et la complétude du dossier. Une demande déposée avec un justificatif de revenus insuffisant ou une lettre de non-objection manquante repart en fin de file. Pendant l'instruction, le demandeur peut rester au Kenya sous couvert de son eTA, à condition de ne pas dépasser la durée de séjour accordée à l'entrée ; une prolongation se demande en ligne avant expiration.
Le permis de classe N est le premier titre kenyan conçu pour le télétravail. Avant octobre 2024, un télétravailleur n'avait le choix qu'entre le visa touristique, qui interdit toute activité professionnelle, et le permis de travail de classe D, réservé aux salariés d'un employeur kenyan. Le Kenya rejoint ainsi l'Afrique du Sud, Maurice, le Cap-Vert et la Namibie parmi les pays africains dotés d'un statut dédié.
Fiscalité : le seuil des 183 jours
Le permis règle le séjour, pas l'impôt. Selon le résumé fiscal de PwC et la fiche de résidence fiscale déposée par le Kenya auprès de l'OCDE, une personne devient résidente fiscale kenyane si elle possède un foyer permanent au Kenya et y séjourne ne serait-ce qu'un jour dans l'année, ou si, sans foyer permanent, elle y passe au moins 183 jours au cours de l'année civile, ou encore une moyenne de 122 jours par an sur l'année en cours et les deux précédentes.
Un titulaire de permis N qui s'installe pour un an franchit donc mécaniquement le seuil. La Kenya Revenue Authority considère alors ses revenus d'emploi comme imposables au Kenya, y compris lorsqu'ils sont versés par un employeur étranger, dès lors que le travail est physiquement accompli sur le territoire. Le barème progressif de l'impôt sur le revenu culmine à 35 %. La France et le Kenya sont liés par une convention fiscale signée en 2007, qui répartit le droit d'imposer et évite la double imposition, mais elle ne s'applique qu'à condition de déclarer correctement de part et d'autre. Un salarié français doit aussi vérifier son maintien au régime de sécurité sociale : en l'absence d'accord bilatéral de sécurité sociale entre la France et le Kenya, le détachement n'est pas possible et l'affiliation locale ou une assurance privée s'impose.
Ce que cela change selon votre projet
Pour un salarié en télétravail, le permis N n'est utilisable qu'avec l'accord écrit de l'employeur : le contrat de travail est une pièce du dossier, et l'employeur doit accepter qu'un de ses salariés exécute sa prestation depuis le Kenya avec les conséquences fiscales et sociales décrites plus haut. Sans cet accord, la seule voie reste un séjour court sous eTA, sans activité déclarée, ce qui expose l'entreprise à un risque d'établissement stable et le salarié à un risque de refoulement en cas de contrôle.
Pour un freelance, le permis est la solution la plus simple à condition de pouvoir démontrer 24 000 USD de revenus annuels réguliers, contrats à l'appui. Les revenus perçus via des plateformes doivent être documentés par les relevés de la plateforme et du compte bancaire de réception. Le freelance qui souhaite aussi facturer des clients kenyans doit changer de statut et demander un permis de classe G, réservé aux investisseurs et aux activités commerciales locales.
Pour un employeur qui autorise un séjour de longue durée d'un collaborateur au Kenya, le permis N sécurise la présence du salarié mais ne règle ni la retenue à la source kenyane, ni l'éventuelle qualification d'établissement stable si le salarié négocie ou signe des contrats sur place. Le passage par un employeur de référence local ou une structure kenyane devient nécessaire au-delà de quelques mois.


