Nationalité portugaise : il faudra désormais 10 ans pour devenir citoyen

7 mai 20266 min de lecture
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Le 3 mai 2026, le président portugais António José Seguro a promulgué la nouvelle loi sur la nationalité. Le délai de naturalisation passe de 5 à 10 ans pour la plupart des étrangers. Pour les expatriés français déjà installés au Portugal ou qui envisagent de s'y établir, le calcul change radicalement.

Pendant des années, le Portugal a été l'une des portes d'entrée les plus accessibles vers la citoyenneté européenne : cinq ans de résidence légale, un test de langue de niveau A2, un casier judiciaire propre, et la double nationalité au bout du chemin. Cette époque vient officiellement de se refermer.

Ce que change concrètement la loi

Le Parlement portugais avait approuvé le texte le 1er avril 2026 par 152 voix contre 64, après un accord de dernière minute entre le PSD (centre-droit au pouvoir) et Chega (droite radicale). Le président, issu du Parti socialiste, a longtemps laissé planer le doute sur un éventuel veto avant de finalement signer le décret. La loi entrera en vigueur dès sa publication au Diário da República, le journal officiel portugais.

Trois changements majeurs pour les candidats à la naturalisation :

Le délai de résidence double. Les ressortissants de pays tiers — c'est-à-dire hors Union européenne — devront désormais résider légalement au Portugal pendant 10 ans avant de pouvoir déposer une demande de naturalisation, contre 5 ans auparavant. Pour les citoyens de l'UE et des pays lusophones (CPLP : Brésil, Angola, Mozambique, Cap-Vert, Guinée-Bissau, São Tomé-et-Príncipe, Timor oriental), le délai est porté à 7 ans.

Le décompte change de point de départ. Un détail qui n'en est pas un : le compteur des années de résidence ne démarre plus à la date de dépôt de la demande de titre de séjour, mais à la date d'émission effective du titre par l'AIMA (Agence pour l'Intégration, les Migrations et l'Asile). Or l'AIMA accumule des retards considérables — entre deux et trois ans pour délivrer un titre dans certains dossiers. Concrètement, des avocats portugais estiment que le délai réel pour obtenir la nationalité pourrait osciller entre 9 et 13 ans dans les faits.

Pas de période transitoire généralisée. Contrairement à ce qui avait été initialement envisagé, aucun mécanisme transitoire global n'a été prévu pour protéger les résidents déjà sur place qui auraient pu prétendre à la naturalisation sous l'ancienne règle des 5 ans. Seules les demandes déjà déposées et en cours d'instruction restent protégées : la Cour constitutionnelle portugaise avait jugé fin 2025 qu'une application rétroactive automatique aux dossiers pendants serait inconstitutionnelle.

Des exigences d'intégration renforcées

Au-delà du délai, les conditions de fond se durcissent. Les candidats devront toujours justifier d'un niveau A2 en portugais (sauf pour les ressortissants des pays lusophones), mais aussi désormais réussir un test sur la culture, l'histoire et les droits fondamentaux du Portugal.

Les règles relatives au casier judiciaire deviennent plus strictes, avec un seuil d'inéligibilité fixé à trois ans d'emprisonnement effectif pour les crimes graves (terrorisme, criminalité organisée, infractions contre l'État, violences). L'accès à la nationalité par naissance pour les enfants nés au Portugal devient également plus exigeant : les parents devront avoir résidé légalement au Portugal pendant 3 ans (CPLP) ou 4 ans (autres nationalités) avant la naissance.

Un second décret, qui prévoyait la perte de la nationalité comme peine accessoire en cas de condamnation pénale, n'a pas été promulgué et reste suspendu, une demande de contrôle préventif de constitutionnalité ayant été déposée par un groupe parlementaire.

Les réserves du président : un signal politique

Le président Seguro n'a pas signé sans commentaire. Dans une déclaration publiée sur le site de la présidence, il a explicitement regretté qu'une loi de cette importance n'ait pas fait l'objet d'un consensus plus large, mettant en garde contre les modifications successives qui nuisent à la sécurité juridique et à la crédibilité des institutions.

Surtout, il a insisté sur deux points qui pourraient peser dans l'interprétation future du texte : la nécessité que les dossiers en cours ne soient pas affectés par la réforme, et l'importance que la lenteur administrative de l'État ne pénalise pas le décompte des délais. Ces remarques ne sont pas juridiquement contraignantes, mais elles pourraient être invoquées par les tribunaux dans les contentieux à venir, notamment dans le recours déposé en décembre 2025 par des investisseurs du Golden Visa devant la Cour constitutionnelle.

Et le Golden Visa dans tout ça ?

Bonne nouvelle pour les détenteurs ou candidats au Golden Visa portugais : le programme lui-même n'est pas affecté par cette réforme. Les droits de résidence restent identiques, la possibilité de renouveler le titre, de circuler dans l'espace Schengen et de faire venir sa famille demeure inchangée. La résidence permanente reste accessible après 5 ans.

Ce qui change, c'est uniquement la suite du parcours : il faudra désormais 10 ans (au lieu de 5) pour franchir l'étape suivante, celle de la nationalité. Pour un investisseur qui obtient son Golden Visa en 2026, l'éligibilité à la citoyenneté portugaise est donc repoussée à la fenêtre 2036-2038 une fois les délais de traitement intégrés.

Le même raisonnement s'applique aux titulaires du visa D7 (revenus passifs), du visa nomade numérique, et de toutes les autres catégories de titres de séjour D.

Que faire si vous êtes concerné ?

Si vous avez déjà déposé un dossier de naturalisation, la position est relativement claire : la Cour constitutionnelle a écarté toute application automatique rétroactive du nouveau régime. Votre dossier reste régi par la règle des 5 ans. Conservez précieusement tous les justificatifs de dépôt et les accusés de réception.

Si vous résidez déjà au Portugal mais n'avez pas encore atteint le seuil des 5 ans, la situation est plus inconfortable. Il n'existe plus de protection transitoire générale. Vous devrez très probablement basculer sur le nouveau régime des 10 ans (ou 7 ans si vous êtes ressortissant UE). Un examen au cas par cas avec un avocat spécialisé portugais est ici indispensable, en particulier pour les profils proches du seuil des 5 ans au moment de la publication de la loi.

Si vous envisagez de vous installer au Portugal, le calcul stratégique change. Le pays reste un excellent choix pour vivre, investir, faire de l'Europe une base familiale ou fiscale. En revanche, comme outil rapide d'accès à la citoyenneté européenne, il perd nettement de son attrait. Les comparaisons avec d'autres juridictions européennes — Malte (par mérite), ou des programmes plus rapides hors UE — méritent d'être réexaminées en fonction de votre objectif principal : mobilité, fiscalité, ancrage familial, ou plan B géopolitique.

Si votre objectif est le passeport pour vos enfants, anticipez les nouvelles exigences en matière de durée de résidence légale avant la naissance et de scolarisation obligatoire continue.

Une tendance européenne plus large

Le Portugal n'est pas un cas isolé. La Suède a voté, fin avril 2026, une loi portant le délai de naturalisation à 8 ans assortie d'un seuil de revenu minimum, sans protection transitoire pour les 100 000 dossiers en cours. Plusieurs pays européens revoient leurs critères de naturalisation à la hausse, sous la pression d'une recomposition politique où les questions migratoires occupent une place centrale.

Pour les Français qui regardent l'Europe du Sud comme une porte d'accès à un second passeport ou comme un projet d'expatriation à long terme, le message est clair : les fenêtres se referment, et les choix faits aujourd'hui en matière de résidence détermineront les options disponibles dans dix ans. Mieux vaut planifier maintenant qu'attendre la prochaine réforme.

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