Venezuela : le visa PRO-V-90 pour prestataires existe depuis avril, et ses règles ont déjà changé

Le Venezuela dispose d'une catégorie de visa électronique réservée aux professionnels qui viennent exécuter une prestation pour un client sur place, le PRO-V-90. Elle a fait parler d'elle à la mi-septembre 2026, mais les documents du ministère des Affaires étrangères montrent qu'elle tourne depuis avril, et que la liste des pièces à fournir a déjà été remaniée en juin. Ce qui suit est ce que les sources officielles établissent, et ce qu'elles laissent encore dans le flou.
Une catégorie apparue en avril, pas en septembre
Le ministère du Pouvoir populaire pour les Relations extérieures (MPPRE) publie ses modes d'emploi du portail Cancillería Digital sur une page dédiée. On y trouve un manuel d'utilisateur consacré au PRO-V-90, mis en ligne le 14 avril 2026 et daté « Caracas, avril 2026 » sur sa page de garde.
Autrement dit, le dispositif n'est pas né de l'annonce relayée le 15 septembre. À cette date, ce sont des cabinets spécialisés en mobilité internationale qui l'ont porté à la connaissance de leurs clients, plusieurs mois après son entrée en service effective. Pour un demandeur, la conséquence est simple : il ne s'agit pas d'attendre l'ouverture d'un guichet, la catégorie figure déjà dans la liste des démarches proposées après connexion au portail.
Cette ancienneté a une contrepartie. Un dispositif rodé en silence pendant cinq mois a eu le temps d'évoluer, et c'est exactement ce qui s'est passé.
Les pièces à fournir ont changé entre avril et juin
Le MPPRE a publié un second manuel, intitulé « VISA PRO-V 90 » et daté de juin 2026. La comparaison des deux documents est instructive, parce qu'ils ne demandent pas les mêmes justificatifs.
La version d'avril réclamait un dossier centré sur la personne du prestataire :
passeport valable au moins six mois ;
photo d'identité sur fond blanc, en format image ;
formulaire de demande ;
profil ou CV professionnel ;
présentation des références et titres (« presentación de credenciales ») ;
lettre d'invitation ;
itinéraire de vol.
La version de juin conserve le passeport, la photo et le formulaire, mais remplace le reste par un dossier centré sur l'entreprise et la solidité financière :
solvabilité économique, sous forme de relevé de compte bancaire ;
lettre de demande émanant de l'entreprise ;
registre de l'entreprise ;
extrait de casier judiciaire de moins de trois mois, explicitement mentionné comme facultatif.
Le CV, la présentation des références et la lettre d'invitation disparaissent de la liste officielle. Un candidat qui préparerait son dossier d'après le manuel d'avril, encore accessible en ligne, réunirait donc des pièces qui ne sont plus celles demandées, et lui manqueraient le relevé bancaire et le registre de l'entreprise. Les deux fichiers coexistant sur le site du ministère, il faut vérifier la date en page de garde avant de s'y fier.
Le manuel de juin détaille par ailleurs le contenu du formulaire, ce qui donne une idée assez précise de ce que l'administration veut savoir : raison sociale et activité économique de l'entreprise qui invite, mode de transport, numéro de vol et de billet, dates d'arrivée et de départ, durée de séjour, objet du voyage, antécédents de visites ou de demandes de visa vénézuéliennes, adresse d'hébergement jusqu'à la paroisse, et un contact identifié avec sa pièce d'identité. Une fois la démarche clôturée, elle n'est plus modifiable : il faut la supprimer et la recommencer.
90 ou 180 jours ? Les sources officielles divergent
Le nom de la catégorie suggère un séjour de quatre-vingt-dix jours, et c'est la durée qui a circulé en septembre. La fiche officielle des visas électroniques publiée par la représentation vénézuélienne en France dit autre chose : validité d'un an à entrées multiples, et séjour autorisé jusqu'à cent quatre-vingts jours.
La même fiche décrit l'objet du visa comme des « activités commerciales, mercantiles, financières ou lucratives légales ». La formule est notable, parce qu'elle est mot pour mot celle que le ministère emploie pour le visa d'affaires classique TR-N dans sa fiche descriptive, et parce qu'elle admet le caractère lucratif de l'activité. Elle cadre mal avec l'idée d'un visa conditionné à l'absence de toute rémunération.
Sur ce point, la prudence s'impose. Le critère qui a été mis en avant en septembre, à savoir l'absence de relation d'emploi avec l'entité vénézuélienne qui invite et l'absence de rémunération versée par elle, ne figure ni dans les deux manuels du MPPRE ni sur la fiche consulaire. Il n'est donc pas confirmé par une source gouvernementale, et il vaut mieux le traiter comme une lecture d'expert que comme une règle opposable. La distinction compte : elle sépare, en pratique, le consultant qui facture son client vénézuélien de celui qui ne peut rien encaisser sur place.
Le catalogue général des visas du ministère ajoute à la confusion. Ses treize fiches, du visa de tourisme au visa de travail TR-L, ne comportent aucune entrée PRO-V-90. La catégorie vit dans le système applicatif et sur les fiches consulaires, sans fiche réglementaire propre dans le référentiel du ministère.
Ce que le tarif et le délai ne disent pas
Aucune source gouvernementale ne publie le montant du PRO-V-90. Le premier manuel comportait une section « gestión de pagos » décrivant le règlement par carte, avec les champs à remplir, mais sans jamais indiquer de somme. Dans la version de juin, ce chapitre a disparu du déroulé, remplacé par une étape de récupération du document signé. Les icônes de l'interface continuent pourtant de prévoir un paiement, avec des boutons « payer la démarche », « voir le reçu de paiement » et une colonne « montant » dans la liste des demandes. Un frais existe donc dans le système, mais son barème n'est pas publié.
Les grilles consulaires disponibles n'aident pas : celle de la représentation en France fixe cinquante euros pour un visa de transit et soixante euros pour les autres visas, sans ligne PRO-V-90, et renvoie à un barème de 2022. Les fiches du ministère se contentent d'indiquer que le coût doit être demandé au poste diplomatique ou consulaire compétent. Le délai de deux à dix jours ouvrés cité en septembre relève de la même catégorie : il provient de cabinets privés, pas d'une publication officielle.
Un dernier écart mérite d'être connu avant de tabler sur une démarche entièrement dématérialisée. La même représentation qui publie la fiche des visas électroniques maintient en parallèle une page de procédure décrivant un dépôt par voie postale, avec paiement par virement ou en espèces et un délai d'environ une semaine, sans un mot du portail en ligne. Les manuels du MPPRE prévoient d'ailleurs, dès la création de la demande, de sélectionner une ambassade ou un consulat de rattachement, et la version de juin comporte des icônes de gestion de rendez-vous. Le dossier se constitue en ligne, mais le poste consulaire reste dans la boucle.
Ce qui reste à confirmer avant de déposer
Le PRO-V-90 est utilisable aujourd'hui, à condition de le préparer sur le manuel de juin 2026 et non sur celui d'avril. Trois points restent en revanche à faire confirmer par le poste dont dépend le demandeur, parce qu'aucun document officiel ne les tranche : le montant exigé, la durée de séjour réellement accordée, et la possibilité de facturer le client vénézuélien. Sur ce dernier point, la formulation officielle et la lecture qui a circulé en septembre ne se recoupent pas, et c'est précisément le critère qui détermine si ce visa convient à une mission facturée.
Rappelons enfin le contexte, qui ne dépend pas du type de visa retenu : comme nous l'écrivions début 2026 à propos des conséquences de la crise politique sur les frontières vénézuéliennes, la desserte aérienne et le fonctionnement des services consulaires y sont restés fortement perturbés. Un visa en règle ne garantit pas un vol, et la question de l'acheminement se pose avant celle de l'autorisation d'entrée.


