La France face au télétravail

Nomadisme digital, travailleur du monde ou télétravail sont des termes qui ont envahi la toile depuis la crise du Covid. Si les articles et les reportages sur de telles pratiques, qui ont modifié l’organisation du travail, se multiplient dans les journaux et sur Internet, la réalité du terrain varie d’un pays à un autre. En effet, nous ne sommes pas tous égaux en matière de travail à distance. Une étude IFOP, réalisée début 2022, détermine clairement la position de la France et des Français. Décortiquons ces résultats !

Position de la France en comparaison avec ses voisins

Vous aimerez tant travailler depuis votre maison ou devenir un nomade numérique, mais votre entreprise ne semble pas très favorable à une telle proposition ? Vous n’êtes sûrement pas le seul. En effet, il semblerait que beaucoup d’employeurs français préfèrent le présentéisme au télétravail.

Les chiffres attestant du retard de la France

Jusqu’à janvier 2022, la France ne comptait que 34 % de professionnels actifs qui pratiquent le télétravail. C’est bien loin des statistiques enregistrées dans les autres pays du big five européen. En effet, l’Allemagne enregistre 61 % d’adeptes du travail à distance. Nous retrouvons ensuite, l’Italie avec 56 %, le Royaume-Uni avec 50 % et l’Espagne qui est à 43 %.

Moins de jours télétravaillés dans l’Hexagone

Cette timide adhésion française à cette pratique qui révolutionne le monde de l’emploi est également lisible à travers le nombre de jours par semaine qui lui sont consacrés. Ainsi, on remarque que 30 % des Italiens y recourent en moyenne 4 à 5 jours sur 7 contre 11 % chez les Français. Nous constatons également qu’ailleurs ceux qui le font plus de 4 fois par semaine sont plus nombreux que ceux qui l’exercent moins de 2 fois. Cela est inversé dans l’Hexagone. Ainsi, nous sommes clairement à la traîne par rapport à nos voisins.

Télétravail en France : entre le désir et la réalité

Mais une question se pose à ce stade. Est-ce réellement de la faute des employeurs ?

De faibles aspirations chez les salariés Français

Ce questionnement devient encore plus légitime quand on sait que les actifs français interrogés sur le sujet déclarent que la fréquence moyenne idéale qu’ils souhaiteraient serait de 1.8 jours par semaine. Les Anglais eux, aimeraient pouvoir le faire d’une façon bihebdomadaire. Les Allemands réclament 2.2 jours sur 7 contre 2.4 pour les Italiens. Quant aux Espagnols, ils sont les plus disposés à ce nouveau mode de travail et préféreraient pouvoir y consacrer au moins 2.7 jours chaque semaine.

Des salariés résignés à travailler au bureau ?

Nous pourrions donc penser à ce stade que ce ne sont pas les entreprises qui empêchent les salariés de se consacrer à leur rêve de digital nomadisme. Pourtant, les experts en sociologie voient les choses autrement. Selon eux, ces chiffres traduisent une résilience de la part des employés. Ces derniers seraient alors convaincus qu’ils ne pourraient pas bénéficier d’une durée plus longue.

Des différences d’adhésion au télétravail selon l’âge et la CSP

Nous pouvons comprendre le clivage qu’il peut y avoir entre les personnes actives actuellement en France en les répartissant selon leurs catégories socioprofessionnelles et leurs âges.

Les jeunes Français seraient moins fervents de télétravail que leurs voisins Européens

En ce qui concerne l’âge, sachez que la France se démarque encore une fois par rapport aux 5 autres pays. En effet, si ailleurs les jeunes sont ceux qui sont les plus favorables au télétravail, dans l’Hexagone, ce sont les plus de 35 ans qui préfèrent y recourir. Cela peut être expliqué de diverses manières selon les propos des sujets qui viennent d’intégrer le marché du travail. Il faut d’abord prendre en compte le fait que ces jeunes ont beau rêver d’autonomie, ils évoquent un besoin de bénéficier d’un « vrai » environnement de travail où ils peuvent socialiser avec leurs collègues. D’un côté, cette tranche d’âge subit actuellement une grande précarité au niveau de l’emploi et les petits jobs qu’elle arrive à décrocher ne semblent pas éligibles au télétravail.

Les CSP+ meilleurs candidats au télétravail que les autres

En termes de catégorie socioprofessionnelle, l’adhésion au télétravail de la France ne diffère pas de celle de l’Allemagne, de l’Espagne et du Royaume-Uni. En effet, dans l’hexagone, comme ailleurs, les CSP+ sont plus favorables que les autres à télétravailler. On enregistre, chez les Français, une différence de 21 points entre les deux catégories (83 % contre 62 %). Seul l’Italie se démarque avec le même niveau d’aspiration au travail à domicile chez tous les salariés.

Nous sommes certains que si les CSP sont moins enclins à cette pratique, ce n’est pas parce qu’ils aiment le sempiternel métro boulot dodo. Nous pensons qu’ils n’y sont généralement, tout simplement pas éligibles. Leurs missions ne peuvent s’accorder avec un format où ils pourraient exercer leur métier derrière un écran d’ordinateur.

Pour conclure,

Si la France est à la traîne par rapport à quelques voisins en termes de télétravail, elle est quand même meilleure élève que certains pays de l’Europe de l’Est. Ce qui participe à rendre son accès à ce mode de travail restreint, c’est actuellement le flou de la réglementation d’une telle pratique. Le syndicat milite pour clarifier le cadre juridique, mais le patronat semble apprécier cet écran de fumée derrière lequel il se cache. Pourtant, les entreprises qui ont basculé dans l’ère du travail 2.0 ne voient que des avantages : une meilleure productivité, des salariés épanouis…

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